Comme je le dit laconiquement dans la page précédente, c'est une société fictive fondée le
14 novembre 1970 par deux copains : JMB et JPP.
JMB, c'est moi (puisque ce sont mes initiales !). JPP, et je vous le révèle ici pour la première fois depuis plus de quatre ans que ce site existe, sont les initiales de mon ami Jean-Pierre mort en 1985.
La mort d'un ami est un évènement tragique qui, malheureusement, arrive à bon nombre d'entre nous. Ce qui avive ma douleur, encore maintenant, ce sont les circonstances de cette disparition : mon ami s'est suicidé.
Cela, je ne le souhaite à personne, même à mon pire ennemi. Vous ne pouvez imaginer le sentiment terrible de culpabilité qui vous étreint à l'annonce de cette nouvelle et pendant des années après ! On ne peut s'empêcher de penser : "si j'avais fait ceci, si j'avais dit cela... j'aurais pû changer quelque chose." Le pire, c'est aussi de s'imaginer qu'on ait pû gaffer quelque part, dire une parole blessante sans le vouloir, et contribuer ainsi à la catastrophe. On se reproche aussi ses omissions : ne pas avoir dit l'essentiel. Ne lui avoir jamais dit que je tenais à lui tout simplement. Que la SAPBM était plus importante que tout. Plus importante que son divorce, que son boulot de merde...
On avait une douzaine d'années lorsque nous fondâmes la
Société
Anonyme de
Perret et
Bouillet
Magazine, autrement dit la SAPBM.
"Bouillet-Magazine" était un journal de bord que nous nous échangions lui et moi. Il rédigeait les numéros pairs, moi les numéros impairs. On a fait plus de 130 numéros entre novembre 1970 et juillet 1971 ! L'un des thèmes principaux était l'école (bien sûr !) : on était en cinquième tous les deux. Il y avait aussi une bande dessinée : les aventures de Patakrep (pour moi) et celles de Patachroup (pour lui).
Et puis j'ai déménagé en 1971. Nous avons correspondu jusqu'en 1976. On se revoyait régulièrement pendant les vacances d'été, exceptionnellement à Noël car j'habitais loin. Ces séjours chez l'un ou chez l'autre s'appelaient les "Entrevues" avec un grand E !
Au cours de ces entrevues nous avions deux activités principales : la confection d'opuscules SAPBM ("Petit PBM illustré" ou "Patakrep" en remplacement du défunt "Bouillet magazine") et modélisme ferroviaire (son réseau était "Le Petit Lac" tiré du recueil de plans de Michel Clément et moi le "Languedoc" tiré du même recueil que nous avons construit tous les deux en 1974).
Puis les circonstances nous ont séparés pendant 7 ans entre 1976 et 1983. Nous étions tous deux en quête de notre avenir professionnel : lui en fac de médecine à Lyon et moi à Grenoble pour mes études de musique. A la rentrée 1983/84 - ma première rentrée en tant que prof ! - que je fis en Avignon je reçus - Ô surprise - une lettre de lui. Il était sous les drapeaux à Colmar et m'annonçait une grande nouvelle : son mariage le 10 décembre avec une jeune fille de sa région, également dans une profession médicale. J'y assistai, bien sûr, et même tenait l'orgue pendant l'office !
La SAPBM repartait comme au bon vieux temps : nous avions de nouveau des projets (de réseaux surtout !). On avait concocté 4 tomes intitulés "Correspondance JMB-JPP Archives SAPBM" qui regroupait toute notre correspondance photocopiée.
Libéré en avril 84, il occupe un poste d'interne aux Hôpitaux de Lyon et, pour s'aguerrir, choisit les urgences. Il lui reste quatre années à faire. Son but : un cabinet tranquille d'ORL dans une petite sous-préfecture ! (il ne se doutait pas que j'habiterai dès 1985 dans la sous-préfecture de la Drôme...)
Hélas rien ne va plus : sa femme demande le divorce début 85, il déprime puis se tue au mois de mai dans son appartement de Caluire. C'est son père qui découvre le corps sans vie, à la suite d'une surdose de médicaments. Lors de notre dernière entrevue - un mois plus tôt - il m'avait dit "si tu veux des cachets je peux t'en procurer". Je n'avais pas bien saisi, je pensais qu'il faisait allusion à mes insomnies, pour m'aider à dormir... c'était à double sens.
Depuis, les entrevues ont continué... à ceci près qu'elles se passent au cimetière où il est enterré.
Longue vie à la SAPBM !
Compléments :